01 décembre 2008

Poème

                     Eaux vives

L’eau chuchote en glissant, issue de source pure

Coulant son vif argent parmi le vert des près

Et se pare un instant de reflets mordorés,

Comme il en transparaît à travers un fruit mûr.

L’eau murmure en flânant dans son lit de roseaux

où se viennent mirer de frêles libellules ;

D’un discret ruisselet est issu le ruisseau

Qui prodigue la vie aux joncs, aux renoncules,

Et à cent autres fleurs, sureaux, rhododendrons,

Epineux et feuillus, herbes folles, lianes,

Tissant sous le soleil la dentelle diaphane, 

Qui, bercée par le vent, malmène ses rayons.

Rivière devenue,  l’eau paresse et se coule,

Engourdie des senteurs qui embaument son lit,

Caressant doucement les algues alanguies,

Qui, frôlées par le flot, ondulent et s’enroulent.

L’eau grommelle et se plaint s’il advient, d’aventure,

Que lui manque son lit, soudainement rompu ;

Elle écume et bondit, tourbillonne et se rue,

Et se calme, attendant la prochaine facture.

L’eau hurle en s’élançant de roches irréelles,

Déploie ses draperies aux replis tourmentés ;

Crinières de démons, anges échevelés,

Festonnés de lumière et coiffés d’arcs en ciel.

Foulée, déchiquetée, la liquide lumière,

Dans un jaillissement diapré de perles d’eau,

Evoquant le volcan, parodiant le tonnerre,

S’enfuit vers un ailleurs, aspirant au repos.

Soudain, face à la rive, il n’est plus d’autre rive ;

Conçu dans la tourmente, un grand miroir est né.

De ruisseau en rivière, en cascade, l’eau vive,

En trouvant l’absolu, est venue s’y noyer.

  Marcel MEURIAULT

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